Pourquoi encore trop d’enfants victimes de mauvais traitements ne sont pas signalés aux autorités?
Les résultats d’un sondage réalisé par la Fondation Marie-Vincent
Montréal, le 12 juin 2008 - La première réaction d’une très large majorité des adultes qui reçoivent les confidences d’un enfant victime d’une agression sexuelle ou de violence physique est de dire à l’enfant qu’il a bien fait de parler. Dans une proportion presque identique, ils envisagent un signalement de ce geste à la Direction de la protection de la jeunesse ou à la police. Cependant près de la moitié d’entre eux promet de ne rien faire si l’enfant leur demande de taire cette situation.
C’est l’une des données qui se dégagent d’un sondage réalisé par la maison Echo Sondage commandé par la Fondation Marie-Vincent. Ce sondage mené entre le 23 avril et le 12 mai 2008 au moyen d'entrevues téléphoniques auprès d'un échantillon représentatif de 1 000 Québécois et Québécoises âgés de 18 ans ou plus et pouvant s'exprimer en français, nous permet de mieux comprendre pourquoi encore trop de cas d’enfants victimes de mauvais traitements ne sont pas signalés aux autorités.
La Fondation Marie-Vincent s’est penchée sur les raisons qui motivent un adulte à taire une agression au moment où l’enfant vient se confier à lui. Plusieurs hypothèses sont mises de l’avant.
« On ne sait pas comment réagir devant la détresse de l’enfant et on se sent dépassé soi-même. On a peur de se retrouver dans un processus judiciaire, de devoir témoigner face à une personne qu’on connait. Ou encore, on pense que l’enfant ne dit pas la vérité et on préfère couvrir l’adulte au détriment de l’enfant », nous dit Claude Girouard, Chef de programme, enfance-famille, jeunesse et santé mentale, au CSSS de l’Ouest de l’Île et membre du conseil d’administration de la Fondation Marie-Vincent.
Les sondages réalisés au cours des dernières années par la Fondation nous apprennent que dans 84 % des cas, l’agresseur est connu de l’enfant. Monsieur Girouard avance l’hypothèse que bien des adultes voudront tenter de régler la situation sans faire appel aux autorités. Il ajoute que cela se fait souvent au détriment de l’enfant qui est ainsi privé de services thérapeutiques adéquats.
Dans le cas des agressions sexuelles, 78 % des répondants auront la réaction de recueillir plus d’indices avant de faire un signalement à la DPJ. Sur ce point, monsieur Girouard nous informe qu’il peut être très nuisible de questionner l’enfant pour obtenir plus d’information ou de tenter de recueillir plus d’indices. Un tel comportement peut être préjudiciable pour l’enfant, car son récit risque de se modifier au gré des réactions des adultes qui l’écoutent. Il est donc recommandé de signaler la situation aux autorités le plus rapidement possible afin d’assurer la sécurité de l’enfant.
En partageant son expérience des vingt dernières années, monsieur Girouard constate que les facteurs émotifs viennent souvent altérer la prise de décision de l’adulte placé devant un enfant abusé. « L’adulte peut se sentir incapable d’aider l’enfant et préfère garder le silence surtout si celui-ci lui en fait la demande. »
Monsieur Girouard a souhaité conclure en disant que lorsqu’un enfant victime de violence demande à l’adulte à qui il se confie de conserver le silence, ceci doit être perçu comme un signal de peur et possiblement de détresse et non comme une réponse en soi. L’enfant n’est pas en mesure de décider si cette situation doit ou non, être signalée aux autorités et il est encore moins en mesure de savoir qu’une aide peut lui être apportée. Il a absolument besoin du soutien des adultes qui l’entourent.
La Fondation rappelle que toute personne a l’obligation légale et morale de signaler sans attendre la situation d’un enfant lorsqu’il existe un motif raisonnable de croire qu’il est ou a été victime de maltraitance. Ce signalement à la police et à la DPJ est le premier geste à poser pour venir en aide aux jeunes victimes.
Des organismes mal connus
Comme à chaque année, la Fondation a également voulu mesurer la connaissance du public face aux ressources qui viennent en aide aux enfants victimes de maltraitance. Ainsi, 46,6 % des répondants avouent ne connaître aucune ressource et à peine 35,6 % mentionnent la Direction de la protection de la jeunesse. Par la suite, les autres organismes récoltent des pourcentages marginaux qui varient entre 3,9 % et 0,3 %. À titre d’exemples, les CLSC récoltent 3,9 %. Tel-Jeunes, les Cavac, Jeunesse j’écoute et la Fondation Marie-Vincent sont identifiés par un faible pourcentage des répondants.
La directrice de la Fondation Marie-Vincent, madame Dominique Richard se dit quand même encouragée par ces données.
« L’an dernier, un autre sondage que nous avions commandé a révélé que le pourcentage des personnes interrogées qui ne connaissent aucun d’organisme d’aide était de 57 %. Nous sommes maintenant à 46 %. Même s’il reste beaucoup à faire pour augmenter collectivement notre niveau de reconnaissance, 11 points en un an, c’est encourageant ».
À propos de la Fondation Marie-Vincent
Créée en 1975, la Fondation Marie-Vincent a comme mission de venir en aide aux enfants québécois de moins de douze ans qui sont victimes de maltraitance, plus particulièrement d’agression sexuelle. Les fonds qu’elle recueille servent à financer les activités du Centre d’expertise Marie-Vincent et de la Chaire interuniversitaire Marie-Vincent. De plus, la Fondation réalise chaque année une vaste campagne de sensibilisation auprès du public et offre une aide financière à d’autres organismes communautaires qui viennent en aide aux enfants victimes de maltraitance dans différentes régions du Québec.










