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Sondage 2008...

Pourquoi encore trop d’enfants victimes de mauvais traitements ne sont pas signalés aux autorités?

Le 12 mai, la Fondation Marie-Vincent dévoilait les résultats d’un sondage dont l’objectif était de mesurer la réaction des gens face au dévoilement, par un enfant, d’une agression qu’il a subie. Comment réagissez-vous face à un enfant qui dévoile une agression sexuelle, une agression physique ou encore lorsqu’il rapporte avoir été témoin de violence conjugale? Pour chacun des trois types d’agression, le répondant au sondage devait réagir à sept comportements possibles.

Voici la répartition des réactions face à un dévoilement fait par un enfant :

1. Ma réaction sera de dire à l’enfant que le dévoilement était la bonne chose à faire

  • Agression sexuelle: 98.3%
  • Agression physique: 98.5%
  • Témoin de violence conjugale: 97.3%

Pour les trois types d’agression, les répondants sont pratiquement unanimes à affirmer que le dévoilement est la bonne chose à faire 

2. Ma réaction sera de dire à l’enfant qu’il n’est pas responsable

  • Agression sexuelle: 91.7%
  • Agression physique: 91.0%
  • Témoin de violence conjugale: 95.1%

Environ 9 personnes sur 10 diront à l’enfant qu’il n’est pas responsable dans le cas d’une agression sexuelle ou physique et un peu plus (95 %) à un enfant témoin de violence conjugale, comme si sa non responsabilité était plus évidente dans ce dernier cas. 

3. Ma réaction sera de signaler à la DPJ ou à la police

  • Agression sexuelle: 95.0%
  • Agression physique: 92.5%
  • Témoin de violence conjugale: 87.8%

Il est très intéressant d’observer que la plupart des gens signaleront une agression sexuelle ou physique aux autorités alors que ce pourcentage décroît légèrement (88%) dans le cas d’un enfant témoin de violence conjugale. Même si ce pourcentage demeure très significatif, on peut percevoir ici que la population a un doute plus élevé quant à la nécessité de rapporter la situation d’un enfant témoin de violence conjugale.

Est-ce parce qu’on considère ce dernier élément comme étant une agression moins grave? Ou parce qu’on connaît mal ce phénomène et ses conséquences pour l’enfant? Dans une famille où la femme est victime de violence conjugale, on sait que de 60 % à 80 % des enfants en seront témoins, soit environ 20% des enfants québécois.

Les recherches démontrent que les enfants témoins de violence conjugale éprouvent des problèmes affectifs et comportementaux analogues à ceux  présentés par les enfants soumis à de mauvais traitements physiques (faible estime d’eux-mêmes, difficultés à gérer leurs émotions). Au plan scolaire, ils éprouvent souvent des difficultés à se concentrer et sont à risque de connaître des troubles sérieux d'apprentissage.

 

Lorsqu’un enfant dévoile une agression, il semble que la grande majorité de la population semble assez bien savoir comment réconforter l’enfant et quelles sont les démarches à effectuer pour l’aider. Toutefois, en est-il de même lorsque les questions posées viennent susciter chez le répondant des réactions émotives comme la méfiance, la crainte, la colère, la déception? Ces réactions peuvent-elles influencer les comportements de l’adulte face à l’enfant qui a besoin d’aide pour signaler sa situation aux autorités? Les 4 prochaines questions nous en disent plus.

4. Ma réaction sera de questionner l’enfant pour obtenir plus d’informations sur les gestes commis

  • Agression sexuelle: 94.3%
  • Agression physique: 95.6%
  • Témoin de violence conjugale: 89.0%

5. Ma réaction sera de recueillir plus d’indices avant de faire un signalement à la DPJ

  • Agression sexuelle: 78.0%
  • Agression physique: 81.1%
  • Témoin de violence conjugale: 82.3%

Plusieurs réactions peuvent être évoquées ici. L’adulte peut ne pas croire l’enfant, le problème énoncé peut susciter de la curiosité, de la méfiance, la crainte de devoir rapporter des faits inexacts, de l’anxiété générée par le dévoilement.

Face à ce genre de confidence de la part d’un enfant, comment ne pas être envahi par des sentiments contradictoires et chercher à en savoir plus? Maintenant imaginons que cet enfant soit notre neveu, notre nièce ou notre propre enfant. Plusieurs émotions très vives surgissent aussitôt.

Cependant la majorité des adultes ignorent que le fait de questionner l’enfant en demandant plus de détails sur ce qu’il a vécu est souvent préjudiciable pour lui. En effet, plus l’enfant raconte son histoire, plus son récit risque de s’altérer au gré des réactions de l'adulte qui l’écoute. Si celui-ci semble fâché ou triste, il peut influencer le discours de l’enfant et sa façon de rapporter les faits. Il est donc très important de croire ce que le jeunevictime raconte raconte et de faire un signalement immédiat aux autorités (DPJ ou services de police). C'est le moyen le plus efficace d’assurer la protection de l’enfant.

6. Ma réaction sera de tenter d’obtenir la version des faits de l’agresseur présumé

  • Agression sexuelle: 36.2%
  • Agression physique: 42.8%
  • Témoin de violence conjugale: 45.1%

7. Ma réaction sera de promettre à l’enfant que je ne parlerai à personne s’il me le demande

  • Agression sexuelle: 46.3%
  • Agression physique: 49.7%
  • Témoin de violence conjugale: 49.5%

On constate que même si la grande majorité de la population sait quoi faire, il semble que, si l’enfant demande de garder le silence, la moitié des répondants est prête à promettre de n’en parler à personne. L’adulte est tiraillé entre savoir qu’il faut signaler l’agression dont l’enfant est victime et la promesse faite à celui-ci de n’en parler à personne. On comprend que le facteur émotif vient altérer notre prise de décision dans ce genre de situation. L’adulte peut se sentir incapable d’aider l’enfant et préfère garder le silence si ce dernier le lui demande.

Cette réaction s’explique aussi par la peur de faire de la peine à l’enfant. Il est déjà suffisamment terrifié, on ne sait pas comment réagir devant sa détresse, on se sent dépassé, on a peur des conséquences pour l’agresseur (lorsqu’il est connu), on appréhende de se retrouver dans un processus judiciaire, de devoir témoigner contre un proche. Ou encore, on pense que l’enfant ment, on préfère couvrir l’autre adulte au détriment de l'enfant. Sachant que dans 84 % des cas, l’agresseur est connu de sa victime, bien des adultes auront tendance à vouloir régler la situation eux-mêmes sans faire appel aux autorités. Les enfants sont ainsi privés de services thérapeutiques qui pourraient les aider à traverser cette épreuve.

L’enfant victime d’une ou plusieurs agressions a besoin d’adultes significatifs qui l’aideront et le soutiendront, même si cela s’avère très exigeant.

Lorsqu’un enfant victime de violence demande à l’adulte à qui il se confie de garder le silence, ceci doit être entendu comme un signal de peur et possiblement de détresse et non comme une réponse en soi. L’enfant n’est pas en mesure de décider si cette situation doit ou non être révélée aux autorités et il est encore moins en mesure de savoir qu’une aide peut lui être apportée. Il a absolument besoin du soutien des adultes qui l’entourent. 

 

Méthodologie 

  • Sondage téléphonique réalisé par la firme Écho entre le 23 avril et le 12 mai 2008 
  • Échantillonnage de type probabiliste non stratifié représentatif de la population du Québec
  • 1 000 répondants âgés de 18 ans et plus
  • Marge d’erreur de 3 %
  • Taux de réponses de 31.3 %
  • Répartition des répondants : 51.6 % de sexe féminin et 48.4 % de sexe masculin

 

 

 
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